Un dépliant oublié, printemps 2002
- il y a 4 jours
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Ce n'est même pas moi qui l'ai retrouvé. C'est ma femme Charlotte, qui rangeait ses cartons. Elle gardait beaucoup de choses à l'époque, les dépliants des disquaires, les fiches, les catalogues, tout ce qui traînait près des bacs. Elle me tend un truc plié en accordéon, papier jauni, et là je reconnais tout de suite.
« L'Electro au fil du Jazz ». Un parcours édité par la Fnac avec Vibrations Magazine, printemps 2002, vingt-cinq albums électro Jazz à prix vert, du 9 mars au 6 avril.
Ce qui m'a scotché, c'est le texte d'intro. Une vraie page écrite, qui remonte à Sun Ra et son piano électrique bricolé dans les années cinquante, qui passe par les premiers Moog, par Miles, et qui arrive à Herbie Hancock donnant à la techno, avec Rock It, un de ses actes de naissance. Il y a même Laurent de Wilde cité au passage, « le Jazz apporte le drame à l'électro ». Tout ça pour vendre des disques dans un magasin. Ça se faisait.
Et derrière, album par album, la pochette, le label, et cinq ou six lignes écrites par quelqu'un qui l'avait vraiment écouté. Pas du remplissage. Des avis, avec de l'enthousiasme dedans, parfois un peu trop, ce qui est plutôt bon signe.
Il faut se rappeler ce que c'était. On achetait un disque. Ça coûtait cher, on hésitait devant le bac, on en prenait un plutôt qu'un autre. Et forcément on l'écoutait en entier, plusieurs fois, y compris les morceaux qui ne s'ouvraient pas tout de suite. On lisait le livret. Le disque avait de la valeur, alors on lui donnait du temps. Aujourd'hui, j'ai des millions de titres dans la poche et il m'arrive de zapper au bout de vingt secondes.
Ces documents-là n'existent plus. Personne n'imprime plus ça.
Bref, j'ai fait le seul truc à faire, j'ai tout réécouté. Erik Truffaz, Bugge Wesseltoft et son laboratoire d'Oslo, Nils Petter Molvær. Les voix aussi, Beady Belle, Mari Boine remixée par Bill Laswell et Jah Wobble, Sidsel Endresen.
Et puis toute la partie française, qui n'a pas volé sa place. St Germain avec Boulevard et Tourist, Laurent de Wilde et Time 4 Change, Julien Lourau et son Groove Gang, Shazz, Rubin Steiner, Sayag Jazz Machine. Il y a même Marc Moulin, le Belge, qui traîne dans la rubrique house. On avait une scène, à ce moment-là, et le dépliant la défendait sans complexe à côté des Norvégiens et des Américains.
Vingt ans après, franchement, ça tient. Il y a même des morceaux qui sonnent plus actuels que des sorties de cette année.
Du coup vous allez les entendre un peu plus que d'habitude sur Le Bon Mix ces jours-ci.
Merci au carton (ou pas...).
Pierre



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